La data, les ordres de grandeur, le fonctionnement étape par étape, et les questions qui vont plus loin que le comptoir.
← Retour à la version courtePour ceux qui ont lu les 10 premières et veulent les détails
Oui. La réaction chimique exacte c'est : CH₄ + 2O₂ → CO₂ + 2H₂O. Le filtre transforme 1 molécule de méthane en 1 molécule de CO₂. Alors pourquoi c'est bien ?
Parce que le méthane réchauffe 80× plus que le CO₂. Convertir du CH₄ en CO₂ c'est comme échanger un billet de 80$ contre un billet de 1$. Tu "perds" toujours 1$, mais tu as évité d'en perdre 79.
Et surtout : la nature fait déjà exactement ça. L'atmosphère oxyde ~550 millions de tonnes de CH₄ en CO₂ chaque année via des réactions chimiques naturelles. Le biofiltre fait la même chose, juste plus vite et au point d'émission — avant que le méthane passe 12 ans à réchauffer l'atmosphère.
Donc non, le méthane détruit ne génère pas un "nouveau" problème CO₂. Il accélère un processus naturel et évite 12 ans de réchauffement intensif pour chaque molécule convertie.
Oui, et c'est le bonus gratuit. Les algues absorbent du CO₂ pour pousser, la pyrolyse verrouille ~30% de ce carbone dans le biochar. Ce carbone-là ne retourne jamais dans l'atmosphère — il est piégé pour des siècles.
Relativement au problème CO₂ global (40 000 Mt/an), c'est une goutte. On ne vend pas ce pipeline sur le CO₂. Mais en absolu, séquestrer les émissions de 3 pays européens en bonus gratuit d'un système qui est là pour le méthane — c'est pas rien.
Et le plus beau : le charbon fait deux vies.
Résumé honnête : le méthane c'est 97% de l'impact climatique du pipeline. Le CO₂ séquestré c'est un bonus de 3% — gratuit, utile, mais pas la raison d'exister du système.
Le pipeline méthane (16 000 km²) séquestre du CO₂ en bonus, mais c'est 0,3% des émissions mondiales. Si on veut faire une vraie dent dans le CO₂, il faut des fermes dédiées dont le biochar va directement en sol, pas en biofiltres.
25% des émissions mondiales de CO₂ captées avec 0,19% de l'océan — c'est la superficie du Myanmar. Combiné avec le pipeline méthane (0,004%), le total monte à ~0,2% des océans pour attaquer les deux problèmes simultanément.
Est-ce que ça vaut le coup ? Oui et non :
Le play intelligent : commencer par le méthane (petit, rentable, impact massif immédiat), puis utiliser les profits pour financer le scale des fermes CO₂. Le méthane finance le CO₂.
C'est LA bonne question — et c'est là que ce pipeline a un avantage fondamental sur toutes les autres formes de géo-ingénierie.
Le risque dont tu parles s'appelle le "termination shock" — le choc d'arrêt. C'est le cauchemar des scientifiques avec les projets qui "masquent" le réchauffement (comme envoyer des particules dans la stratosphère pour bloquer le soleil). Si tu arrêtes de bloquer le soleil, toute la chaleur accumulée revient d'un coup. Catastrophique.
Et la vitesse de refroidissement ? Faisons le calcul :
On ne "refroidit" pas la planète — on arrête de la réchauffer. Le −0,3°C arrive sur 15-30 ans, soit ~0,01°C par an. Pour comparaison, la planète se réchauffe à 0,02°C/an en ce moment. Le pipeline ralentit la machine, il ne la met pas en marche arrière brutalement.
Les écosystèmes gèrent bien des variations de ±0,01°C/an — c'est le bruit de fond naturel. Ce qu'ils ne gèrent pas, c'est +0,02°C/an pendant des décennies (ce qu'on fait maintenant). Le pipeline ramène le rythme de changement dans la zone de confort des écosystèmes.
Même dans le scénario maximal (méthane + 25% du CO₂), on parle de ~−0,03°C/an pendant 30 ans. C'est rapide en termes climatiques mais graduel en termes biologiques — les forêts, les récifs coralliens et les courants océaniques ont le temps de s'ajuster.
Ce que ça prend concrètement, combien ça coûte, et ce que ça fait à chaque maillon.
Tous les chiffres sont par km² de ferme, par an.
Comment : des lignes de substrat (cordes, filets) tendues entre bouées ancrées, dans des zones côtières riches en nutriments (plateaux continentaux, 0-200m). Le kelp géant (Macrocystis pyrifera) colonise les substrats et pousse jusqu'à 50 cm/jour par photosynthèse.
Cycle : plantation → croissance 3-6 mois → récolte avant décomposition → replantation immédiate.
Comment : catamarans autonomes à énergie solaire parcourent les lignes, coupent les algues à maturité et replantent des boutures. Les algues récoltées (~80-90% d'eau) sont transférées vers une barge de traitement.
Comment : sur la barge, les algues passent dans des presses à vis (comme un pressoir à fruits) qui enlèvent ~60% de l'eau mécaniquement. Le reste du séchage utilise la chaleur résiduelle de l'étape suivante (pyrolyse) — pas d'énergie externe. L'eau rejetée retourne à la mer, riche en nutriments.
Comment : biomasse sèche chauffée à ~500°C sans oxygène dans un réacteur sur la barge. Le carbone solide reste → biochar. Les gaz se séparent en syngas (réinjecté → autosuffisant) et bio-huile (vendable comme carburant maritime).
Comment : le biochar est mélangé avec du compost (source de nutriments + inoculum) dans un ratio 7:1. Les méthanotrophes colonisent la surface poreuse en quelques semaines. Conditionné en panneaux ou colonnes filtrantes.
Comment : biofiltres installés directement sur les cheminées de ventilation des décharges, les sorties d'air des élevages industriels, et les évents pétroliers/gaziers. Le méthane traverse le filtre, les bactéries l'oxydent en CO₂ + eau. Passif — pas d'énergie requise. L'aération active (un petit ventilateur) augmente l'efficacité de 85% à 90%.