Pour ceux qui veulent creuser

Le pipeline en détail

La data, les ordres de grandeur, le fonctionnement étape par étape, et les questions qui vont plus loin que le comptoir.

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🔬

Les questions qui vont plus loin

Pour ceux qui ont lu les 10 premières et veulent les détails

11 Mais attends — le méthane détruit, ça devient pas du CO₂ quand même ?

Oui. La réaction chimique exacte c'est : CH₄ + 2O₂ → CO₂ + 2H₂O. Le filtre transforme 1 molécule de méthane en 1 molécule de CO₂. Alors pourquoi c'est bien ?

Parce que le méthane réchauffe 80× plus que le CO₂. Convertir du CH₄ en CO₂ c'est comme échanger un billet de 80$ contre un billet de 1$. Tu "perds" toujours 1$, mais tu as évité d'en perdre 79.

80×
Pouvoir réchauffant CH₄ vs CO₂ (sur 20 ans)
98,7%
De la nuisance climatique éliminée par la conversion

Et surtout : la nature fait déjà exactement ça. L'atmosphère oxyde ~550 millions de tonnes de CH₄ en CO₂ chaque année via des réactions chimiques naturelles. Le biofiltre fait la même chose, juste plus vite et au point d'émission — avant que le méthane passe 12 ans à réchauffer l'atmosphère.

Donc non, le méthane détruit ne génère pas un "nouveau" problème CO₂. Il accélère un processus naturel et évite 12 ans de réchauffement intensif pour chaque molécule convertie.

12 Et le pipeline capte du CO₂ aussi, non ? C'est combien ?

Oui, et c'est le bonus gratuit. Les algues absorbent du CO₂ pour pousser, la pyrolyse verrouille ~30% de ce carbone dans le biochar. Ce carbone-là ne retourne jamais dans l'atmosphère — il est piégé pour des siècles.

130 Mt
CO₂ séquestré / an (pleine échelle)
0,3%
Des émissions mondiales de CO₂
= 🇧🇪+🇨🇭+🇵🇹
Émissions annuelles de 3 pays combinés

Relativement au problème CO₂ global (40 000 Mt/an), c'est une goutte. On ne vend pas ce pipeline sur le CO₂. Mais en absolu, séquestrer les émissions de 3 pays européens en bonus gratuit d'un système qui est là pour le méthane — c'est pas rien.

Et le plus beau : le charbon fait deux vies.

🌿
L'algue capte le CO₂
🔥
Pyrolyse → biochar
🦠
Vie 1 : maison à bactéries
10-20 ans
🌱
Vie 2 : enfoui en sol agricole
100-1000 ans
Le double emploi du biochar
Les bactéries vivent sur le biochar mais ne le consomment pas — elles mangent le méthane, pas le carbone solide. Après 10-20 ans quand un filtre est remplacé, le vieux biochar est enfoui dans des sols agricoles où il améliore la fertilité (rétention d'eau, nutriments) ET reste séquestré pendant des siècles. Zéro déchet. Le carbone travaille deux fois.

Résumé honnête : le méthane c'est 97% de l'impact climatique du pipeline. Le CO₂ séquestré c'est un bonus de 3% — gratuit, utile, mais pas la raison d'exister du système.

13 OK mais si on veut aussi s'attaquer au CO₂ directement — combien d'océan ?

Le pipeline méthane (16 000 km²) séquestre du CO₂ en bonus, mais c'est 0,3% des émissions mondiales. Si on veut faire une vraie dent dans le CO₂, il faut des fermes dédiées dont le biochar va directement en sol, pas en biofiltres.

~15 000 t
CO₂ séquestré / km² / an (algues OGM)
40 000 Mt
Émissions CO₂ mondiales / an
Surface nécessaire par objectif CO₂
10%
270 000 km² · 0,07%
25%
670 000 km² · 0,19%
50%
1 350 000 km² · 0,37%

25% des émissions mondiales de CO₂ captées avec 0,19% de l'océan — c'est la superficie du Myanmar. Combiné avec le pipeline méthane (0,004%), le total monte à ~0,2% des océans pour attaquer les deux problèmes simultanément.

Est-ce que ça vaut le coup ? Oui et non :

Oui — ça scale. Contrairement au Direct Air Capture (400-600$/t, énergivore), le biochar d'algues est autothermique et potentiellement rentable via crédits carbone à 100$/t.
Oui — le biochar en sol a un double bénéfice. Il séquestre le carbone ET améliore la fertilité agricole. C'est pas un déchet, c'est un produit utile.
⚠️Mais — c'est 40× plus de surface que le méthane. 670 000 km² vs 16 000. La logistique change d'échelle radicalement.
⚠️Et — le retour est plus lent. Pas de multiplicateur ×80 comme le méthane. Chaque tonne retirée = 1 tonne d'impact.
0,004%
Océan pour le méthane (60%)
0,19%
Océan pour le CO₂ (25%)
0,2%
Total les deux combinés

Le play intelligent : commencer par le méthane (petit, rentable, impact massif immédiat), puis utiliser les profits pour financer le scale des fermes CO₂. Le méthane finance le CO₂.

14 Et si ça refroidit trop vite ? C'est pas dangereux ?

C'est LA bonne question — et c'est là que ce pipeline a un avantage fondamental sur toutes les autres formes de géo-ingénierie.

Le risque dont tu parles s'appelle le "termination shock" — le choc d'arrêt. C'est le cauchemar des scientifiques avec les projets qui "masquent" le réchauffement (comme envoyer des particules dans la stratosphère pour bloquer le soleil). Si tu arrêtes de bloquer le soleil, toute la chaleur accumulée revient d'un coup. Catastrophique.

Ce pipeline n'a PAS ce problème. Il ne masque rien — il retire physiquement les gaz de l'atmosphère. Si tu arrêtes le système demain, le méthane et le CO₂ déjà retirés restent retirés. Pas de rebond. Pas de choc. C'est comme la différence entre cacher la poussière sous le tapis et passer l'aspirateur.

Et la vitesse de refroidissement ? Faisons le calcul :

+0,02°C/an
Réchauffement actuel
−0,01°C/an
Refroidissement du pipeline (CH₄)
≈ 0°C/an
Résultat net = on stabilise

On ne "refroidit" pas la planète — on arrête de la réchauffer. Le −0,3°C arrive sur 15-30 ans, soit ~0,01°C par an. Pour comparaison, la planète se réchauffe à 0,02°C/an en ce moment. Le pipeline ralentit la machine, il ne la met pas en marche arrière brutalement.

Les écosystèmes gèrent bien des variations de ±0,01°C/an — c'est le bruit de fond naturel. Ce qu'ils ne gèrent pas, c'est +0,02°C/an pendant des décennies (ce qu'on fait maintenant). Le pipeline ramène le rythme de changement dans la zone de confort des écosystèmes.

Même dans le scénario maximal (méthane + 25% du CO₂), on parle de ~−0,03°C/an pendant 30 ans. C'est rapide en termes climatiques mais graduel en termes biologiques — les forêts, les récifs coralliens et les courants océaniques ont le temps de s'ajuster.

⚙️

Le pipeline complet — étape par étape

Ce que ça prend concrètement, combien ça coûte, et ce que ça fait à chaque maillon.
Tous les chiffres sont par km² de ferme, par an.

A Culture des algues en mer

Comment : des lignes de substrat (cordes, filets) tendues entre bouées ancrées, dans des zones côtières riches en nutriments (plateaux continentaux, 0-200m). Le kelp géant (Macrocystis pyrifera) colonise les substrats et pousse jusqu'à 50 cm/jour par photosynthèse.

Cycle : plantation → croissance 3-6 mois → récolte avant décomposition → replantation immédiate.

15 000 t
Biomasse sèche / km² / an
16 500 t
CO₂ capté par photosynthèse
−3,5 M$
Infrastructure / an
🌍 Impact environnemental
Positif. Les fermes créent des habitats pour la vie marine (effet récif), absorbent l'excès de nutriments côtiers (dépollution), et oxygènent l'eau. Risque : monoculture si on ne diversifie pas les espèces.
B Récolte autonome

Comment : catamarans autonomes à énergie solaire parcourent les lignes, coupent les algues à maturité et replantent des boutures. Les algues récoltées (~80-90% d'eau) sont transférées vers une barge de traitement.

75 000 t
Biomasse humide récoltée / an
☀️ 0
Énergie fossile (tout solaire)
−1,0 M$
Flotte + maintenance / an
🌍 Impact environnemental
Quasi nul. Bateaux légers solaires, pas de filets dérivants, pas de carburant. Bruit minimal vs chalutiers traditionnels.
C Essorage & séchage

Comment : sur la barge, les algues passent dans des presses à vis (comme un pressoir à fruits) qui enlèvent ~60% de l'eau mécaniquement. Le reste du séchage utilise la chaleur résiduelle de l'étape suivante (pyrolyse) — pas d'énergie externe. L'eau rejetée retourne à la mer, riche en nutriments.

75 000 → 15 000 t
Masse : humide → sèche
♻️ autothermique
Chaleur récupérée de la pyrolyse
−0,3 M$
Équipement / an
🌍 Impact environnemental
L'eau renvoyée est riche en azote et phosphore → fertilise les algues proches. Boucle fermée. Pas de déchet.
D Pyrolyse → biochar + sous-produits

Comment : biomasse sèche chauffée à ~500°C sans oxygène dans un réacteur sur la barge. Le carbone solide reste → biochar. Les gaz se séparent en syngas (réinjecté → autosuffisant) et bio-huile (vendable comme carburant maritime).

15 000 t
Biomasse entrante
4 500 t
Biochar (30%)
5 250 t
Bio-huile (35%)
5 250 t
Syngas (35%)
+2,6 M$
Vente bio-huile
−1,5 M$
Barge + réacteur / an
9 000 t
CO₂ verrouillé dans le biochar
🌍 Impact environnemental
Le syngas brûlé relargue du CO₂ — mais c'est du carbone biogénique capté quelques mois avant, donc neutre net. La bio-huile remplace du diesel fossile. Pyrolyse propre en circuit fermé.
E Inoculation bactérienne → biofiltre prêt

Comment : le biochar est mélangé avec du compost (source de nutriments + inoculum) dans un ratio 7:1. Les méthanotrophes colonisent la surface poreuse en quelques semaines. Conditionné en panneaux ou colonnes filtrantes.

4 500 t biochar
+ 640 t compost
15 000 m³
Volume de biofiltre produit
−0,3 M$
Inoculation + conditionnement
🧬 Avec OGM bactérien (optionnel)
Méthanotrophes modifiées : enzyme MMO ×3 (destruction plus rapide), tolérance au froid (hivernal), fixation d'azote (pas de rechargement). Tout confiné dans le filtre — jamais en contact avec l'environnement ouvert.
F Installation sur les sources de méthane

Comment : biofiltres installés directement sur les cheminées de ventilation des décharges, les sorties d'air des élevages industriels, et les évents pétroliers/gaziers. Le méthane traverse le filtre, les bactéries l'oxydent en CO₂ + eau. Passif — pas d'énergie requise. L'aération active (un petit ventilateur) augmente l'efficacité de 85% à 90%.

877–2 700
g CH₄ détruits / m³ / jour
4 800 t
CH₄ détruit / an (sans OGM)
14 400 t
CH₄ détruit / an (avec OGM ×3)
−1,0 M$
Installation + monitoring / an
+11,5 M$
Crédits carbone (sans OGM)
+34,5 M$
Crédits carbone (avec OGM)
🌍 Impact environnemental
CH₄ converti en CO₂ (80× moins nocif) + eau. Pas de sous-produit toxique. Les filtres réduisent aussi le H₂S (puanteur des décharges) en bonus. Après 10-20 ans, biochar usé enfoui en sol agricole → séquestration définitive + amélioration des sols.
📊 Bilan total par km² de ferme — de A à F
🌿
16 500 t CO₂ captées
🤖
75 000 t récoltées
💧
→ 15 000 t sèches
🔥
4 500 t biochar
🦠
15 000 m³ filtres
💨
4 800 t CH₄ détruites
+7 M$ / an
Profit net sans OGM
+30 M$ / an
Profit net avec OGM
378 600 t
CO₂eq retirées sans OGM
1 100 000 t
CO₂eq retirées avec OGM
Ratio carbone : 250:1 (t CO₂eq retirées par t CO₂ émise) · Coût/impact : 8 $/t CO₂eq
La data parle d'elle-même.
0,2% de l'océan pour le méthane ET le CO₂. Un pipeline rentable dès l'année 1. Pas de termination shock. Pas de techno-fantasy — des algues, du charbon, des bactéries, et 30 ans.
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